Ils et elles avaient fondé leurs espoirs sur leur capacité à pousser les États à agir à la hauteur de leurs ambitions climatiques. Près de cinq ans après les marches massives pour le climat, leurs espoirs ont été balayés. Pour les militant·e·s écologistes, la dissolution des Soulèvements de la Terre en France et la promulgation de lois répressives en réaction aux actions de désobéissance civile au Royaume-Uni marquent un tournant important.
De l’enthousiasme des débuts à l’expérience de leur criminalisation, comment les rapports à l’État des mouvements et des militant·e·s écologistes engagés dans la désobéissance civile ont-ils évolué ? L’observation des cas français et britannique montre des convergences.
Un « retour » optimiste à l’État
Les marches pour le climat et les actions de désobéissance civile émergent en 2018/2019, à mi-chemin entre le militantisme institutionnel transnational des ONG et la radicalité de certaines luttes locales. En déployant des actions médiatiques (blocage de routes, occupation de ponts, enchaînement à des bâtiments) dans les grandes capitales européennes, ces mouvements ont fait le choix de revenir explicitement à l’État.
Dans une tradition de désobéissance civile de type libérale, l’objectif n’est pas de renverser le système politique mais d’inciter les gouvernements à agir pour respecter des objectifs de réduction d’émissions qu’ils se sont eux-mêmes fixés.
L’usage de modes d’action illégaux s’explique alors avant tout par l’incapacité de la démocratie représentative à répondre à ces demandes.
Elle s’inscrit également dans une critique de l’institutionnalisation des ONG. Contrairement à ces dernières qui recourent à des activistes professionnels, les mouvements tels Extinction Rebellion optent pour une désobéissance civile de « masse » qui consiste à occuper l’espace public avec un grand nombre…
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Auteur: Lucien Thabourey, Sociologie du militantisme écologiste, Centre d’études européennes et de politique comparée, Sciences Po

