Les mouvements sociaux sont-ils condamnés à perdre ?

Extrait du chapitre 2 : Pour la beauté du geste

« On imagine plus aisément la fin du monde que celle du capitalisme. » Cette phrase, qui revient sans cesse dans les discussions militantes, traduit le sentiment d’impuissance qui accompagne souvent le militantisme quotidien et peut pousser à la résignation. Comment transformer la société lorsqu’on ne sait plus quoi faire ? Comment croire à un happy end quand, à l’horizon, nous ne distinguons que le désastre ? Au moment où l’Europe basculait dans le fascisme, Walter Benjamin décrivait la révolution comme un frein d’urgence, capable d’arrêter le train avant qu’il ne se fracasse contre le mur. Il semblerait qu’aujourd’hui, les trains automatiques n’aient plus de freins : ne reste que l’attente du crash final.

Oraison funèbre d’un futur déjà mort

Tout le monde s’est mis à croire au No Alternative de Margaret Thatcher : la classe ouvrière a été vaincue par la force dans les années 1980, l’URSS est morte, triomphe du capitalisme, fin de l’histoire. Les révolutions du XXe siècle ont toutes été défaites, par la bureaucratisation, des tournants autoritaires ou des contre-révolutions. Ne reste qu’un monde en miettes qu’il ne serait plus souhaitable de changer, sauf à répéter les catastrophes. Pour Daniel Bensaïd, c’est ce bilan qui a construit un imaginaire collectif de l’impossibilité. Nous ne sommes même plus en capacité de penser qu’un événement singulier permettra de modifier le cours des choses. Dès lors, nous devrions nous contenter de « révolutions miniatures ». On atteint là le « degré zéro de la pensée stratégique », cherchant tant bien que mal à faire exister quelques fractures au sein de la domination. Les moyens ne sont plus justifiés par une fin et se suffisent à eux-mêmes. Résister devient un impératif catégorique.

L’impuissance collective qui s’est donnée à voir pendant le mouvement…

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Auteur: ugopalheta