Les normes contre les paysans. Entretien avec Yannik Ogor

A l’occasion de la ré-édition de son livre Le paysan impossible (2023), Yannick Ogor nous parle du modèle agro-industriel qui prive les agriculteurs de la capacité à faire des choix sur leur exploitation, réduits au rôle d’opérateur de machines industrielles. Il retrace les évolutions qui ont mené à cette aliénation du travail agricole et met en garde contre les faux-semblants : l’État n’est pas subitement devenu le moteur d’une agriculture soutenable, et le pilotage par voie des normes ne constitue pas un progrès pour les agriculteurs, bien au contraire. Cet entretien nous aide à comprendre l’actualité du mouvement agricole de début 2024 et à aiguiser notre regard sur un secteur mal compris.

Yannick Ogor a rencontré l’agriculture par le syndicalisme avant de devenir maraîcher et éleveur de brebis. Il fait ses armes avec René Riesel et José Bové dans le cadre de la lutte contre les OGM dans les années 1990. Ce syndicalisme de lutte l’a porté vers la Confédération Paysanne dont il est devenu un des salariés. Déçu par ce qu’il estime être une forme de complaisance du syndicat avec le pouvoir étatique, il finit par se retirer de son poste en 2000 pour se lancer lui-même dans l’agriculture. Nous nous sommes entretenus avec lui pour Contretemps.

Dans ton livre tu élucides le passage après la Seconde Guerre mondiale d’une agriculture paysanne à une agriculture modernisée adaptée à l’économie libérale, rendu possible par l’entremise d’agriculteurs-entrepreneurs favorables à la modernisation. Tu parles à ce titre de « cogestion », tu peux nous en dire plus ?

Yannick Ogor – Le contexte est celui qui suit la Seconde Guerre mondiale avec le projet d’utiliser l’État dans le processus de modernisation et d’industrialisation. C’est une période qui témoigne d’un volontarisme d’État très fort, qui vise à diriger l’industrialisation de l’agriculture[1]. Elle…

La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: redaction

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