Les paysans indiens en mission

Alors que la contestation des agriculteurs en France s’est résorbée dans un accord entre le gouvernement et la FNSEA, elle semble néanmoins rebondir à l’échelle européenne. Dans cet excellent article et depuis le Centre de Sciences Humaines de New Delhi, Joël Cabalion revient sur la genèse des gigantesques manifestations paysannes indiennes de 2020-2021 et ce qu’elles nous disent d’une résistance globale à la fois multiforme et souvent désespérée face au néolibéralisme. Le cas indien dévoile nos angles morts et permet d’élargir le débat sur la question de l’agriculture et de ce qu’elle implique lorsqu’elle doit s’accorder au règne de l’économie.

Le 5 juin 2020, alors que l’Inde fait face à une crise sanitaire et aux effets d’un lockdown aux conséquences redoutables, le gouvernement de Narendra Modi promulgue 3 ordonnances engageant une dérégulation soudaine du secteur public agricole et alimentaire. Depuis leur confirmation par le parlement indien à la mi-septembre 2020, ces trois lois ont rencontré une protestation sans précédent dans les milieux paysans, témoignant d’un mouvement qualifié d’historique par l’ensemble des observateurs. Accusé de livrer la paysannerie aux grands groupes de l’agro-business, le pouvoir indien n’a pas su juguler cette contestation qui s’est étendue et l’a mis au-devant de la question sociale tout en disqualifiant son instrumentalisation des identités communautaires et religieuses. Après 14 mois de mobilisation intense dans le Nord de l’Inde, le Premier Ministre a finalement annoncé le 19 novembre 2021 – jour de l’anniversaire du Gourou Nanak, figure tutélaire des populations sikhes – l’abrogation des trois lois. Le Kisan Andolan est le premier mouvement social à faire plier Modi en près de huit années de pouvoir. Comment y est-il parvenu et quels sont ses enseignements ?

Introduction : une victoire à la Pyrrhus

La théorie de la…

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Auteur: dev

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