Chiara Kahn, une jeune femme paraplégique de 25 ans, en fauteuil depuis l’enfance, revient sur la notion de validisme et sur le handicap comme une condition physique, mais aussi comme une construction sociale. Lutter contre le validisme, dit-elle, « c’est promouvoir une société qui me voudrait heureuse comme je suis ».
Je suis en fauteuil roulant depuis seize ans. Je ne marche pas. C’est un fait, je vis avec et j’y suis habituée, je suis même plus qu’à l’aise avec l’idée. Je n’ai pas plus envie de me mettre debout que de courir le semi-marathon. À vrai dire, je ne rêve absolument pas de retrouver l’usage de mes jambes. Il s’agit d’ailleurs d’un sujet dont nous ne discutons jamais avec mes proches. À tel point que je suis persuadée qu’aujourd’hui ils ne se posent même plus la question. Et ce, contrairement à ce qui me semble être la majorité du reste du monde.
Une grande partie de la population est en effet convaincue que ma vie ne vaut pas la peine d’être vécue sans l’espoir d’une potentielle guérison. Si des personnes non concernées par ma situation s’approchent de moi, elles projettent systématiquement un imaginaire dramatique autour de mon corps handicapé. Si je suis heureuse, c’est uniquement grâce à mon immense courage, car il faut bien évidemment être valide pour avoir accès au bonheur, se disent-elles. Une pensée socialement construite et donc très loin de ma vérité, à l’origine de ce qu’on appelle le validisme ou, autrement dit, l’ensemble des discriminations subies par les personnes handicapées.
L’expérience de vie d’une personne handicapée ne se résume pas à une question physico-pratique.
Je vis à Paris. Il est clair que cette ville est très loin de respecter toutes les normes d’accessibilité. La liberté de déplacement ou d’accéder aux lieux de socialisation est un droit fondamental. Il est bafoué en…
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