Bords de Seine, reportage
L’heure est aux derniers préparatifs, sur un quai des bords de Seine, en proche banlieue parisienne. Étienne Poupinet, capitaine, commande une grue qui suspend dans le vide une palette bringuebalante, pour la glisser dans la cale où s’affaire son matelot, Abdoulaye Sonko. Penchée par-dessus bord, Amélie Evrard orne la proue d’un écriteau tout neuf en lettres fières, d’un blanc éclatant sur fond noir : « Le “Séraphine” ! C’est un bateau qui a un siècle, nous l’avons racheté l’an dernier avec l’association Rafiot, pour faire perdurer un voyage qui a commencé il y a trente ans », dit-elle. Une traversée qui, avec le changement climatique et les politiques actuelles, se complique toujours plus.
Sur le pont, François et François, bénévoles de l’association au même prénom, donnent quelques coups de main et patientent en palabrant : « Vous savez qu’un bateau de petit gabarit comme celui-là peut embarquer l’équivalent de dix camions de 35 tonnes, en ne dépensant pas plus d’énergie qu’un seul camion ? Un enfant pourrait tirer une telle péniche à la main », glisse le premier.
Leur formule ? Ils mettent en contact des producteurs et des groupements de consommateurs, sans intermédiaire, et font transiter les marchandises par bateau, moyennant 1 euro par kilo transporté : équitable, pas cher, écologique et à échelle humaine…
En cette fin de mois de juillet, le Séraphine doit s’élancer pour un long voyage, avec dans ses cales un peu de café zapatiste, du cidre et du jus de pomme qu’il distribuera en chemin. Direction Agde, dans l’Hérault, où des producteurs garniront ses cales de vin, riz et autres produits non périssables pour le trajet retour, à l’automne.
« On est le seul bateau français de marchandises à faire la navigation du bassin de la Seine, au nord, à celui du Rhône, au sud. Ce voyage, c’est aussi pour dire à Voies…
Auteur: Erwan Manac’h, NnoMan Cadoret

