Deux millions de signatures contre la loi Duplomb. Plus de 700 000 contre la proposition de loi dite « Yadan ». Plus de 730 000 contre le texte sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre. En quelques mois, les pétitions hébergées sur le site de l’Assemblée nationale sont devenues un phénomène politique inédit. Longtemps tombé en désuétude, le droit de pétition connaît un spectaculaire regain d’intérêt et s’impose désormais comme l’un des principaux moyens d’interpellation des élus entre deux échéances électorales.
Pourtant, une fois le seuil des centaines de milliers de signatures franchi, le réveil institutionnel est souvent plus rude. La pétition contre la loi Duplomb a débouché, après plusieurs mois d’attente, sur un débat sans vote dans un Hémicycle clairsemé. Celle contre la loi Yadan a accompagné le retrait du texte, sans qu’il soit possible d’en mesurer précisément le rôle. La dernière en date, contre la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, a été classée sans suite dans la nuit du 21 au 22 juillet par la commission des lois, malgré ses quelque 730 000 signataires.
Ces trajectoires contrastées résument le paradoxe des pétitions. Jamais un outil de démocratie participative n’avait suscité une telle mobilisation ; jamais non plus son efficacité institutionnelle n’avait semblé aussi incertaine. Les pétitions sont-elles devenues un véritable…
Auteur: Emma Bador-Fritche

