En multipliant les signaux d’apaisement à destination des dirigeants de petites entreprises, la France Insoumise tente de redessiner les lignes du conflit social. Elle construit une opposition entre petits employeurs et grands groupes afin de se ménager, à terme, les conditions d’un exercice du pouvoir fondé sur un « pacte productif », censé organiser la planification économique avec l’appui des petites entreprises. Mais avec ce déplacement stratégique du conflit de classes qu’elle souhaite organiser, la FI ne risque-t-elle pas de contribuer, malgré elle, à désarmer idéologiquement le monde du travail ?
Le colloque organisé le week-end dernier par l’Institut La Boétie, réunissant cadres de La France insoumise et dirigeants de petites entreprises, s’inscrit dans un choix stratégique assumé du mouvement, visant à harmoniser les intérêts des travailleurs et de leurs employeurs, dès lors que ces derniers ne dirigent pas de grands groupes. En introduction de ces rencontres, Jean-Luc Mélenchon a pris soin de préciser que l’objectif n’était pas de convaincre les “petits patrons” de voter pour La France Insoumise, mais de se préparer à gouverner avec leur appui. Prenant acte, selon ses termes, des échecs des nationalisations passées, tant en France qu’en Amérique latine, qui n’auraient pas permis l’avènement du socialisme, il a insisté sur la nécessité de composer avec les petites entreprises. La catastrophe écologique rendrait cette préparation d’autant plus indispensable : la transformation de l’économie ne pourrait s’opérer sans l’implication de ces acteurs, présentés comme incontournables dans la réorganisation des modes de production. Cette mise en perspective traduit une volonté stratégique de neutraliser l’hostilité du petit patronat à l’égard de la FI. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon lui-même a rappelé au sommet économique de Challenges qu’il pouvait engager un discours…
Auteur: Guillaume Étievant

