Le retournement est aussi spectaculaire que climaticide. Le groupe pétrolier britannique BP a annoncé, le 26 février, revoir de fond en comble sa stratégie d’investissement en tournant le dos aux renouvelables et en développant massivement la production d’énergies fossiles.
La multinationale prévoit d’augmenter ses investissements dans le pétrole et le gaz à 10 milliards de dollars, soit 20 % de plus, par an. Avec l’ambition d’augmenter fortement sa production d’énergies fossiles d’ici 2030, soit un renoncement complet à ses objectifs précédents qui visaient une diminution de 25 % en 2030 par rapport à 2019.
En parallèle, le groupe va réduire de 5 milliards de dollars par an ses financements des projets de transition, qui ne représenteront, en tout, plus que 1,5 à 2 milliards de dollars par an. L’objectif assumé est d’aller vers les activités rapportant le plus d’argent. « Avec une inébranlable attention sur la croissance à long terme de la valeur actionnariale », a précisé Murray Auchincloss, le directeur général de BP.
Des multinationales décomplexées
Ces annonces vont à rebours de toutes les préconisations des scientifiques. Il faudrait réduire drastiquement dès maintenant l’utilisation d’énergies fossiles pour atteindre la neutralité carbone en 2050, nécessaire d’après le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) pour limiter le désastre climatique à 1,5 °C de réchauffement global. L’Agence internationale de l’énergie appelait pour cela, dès 2021, à l’arrêt immédiat du développement ou de l’extension de tout nouveau projet pétrogazier.
« Ce revirement de BP est absolument dramatique pour le climat », dit Louis-Maxence Delaporte, analyste énergie pour l’ONG Reclaim Finance. « Ils privilégient le court terme et l’intérêt de leurs actionnaires au…
Auteur: Vincent Lucchese

