« L’affaire est révélatrice d’un conflit de classes, mais pas entre des classes qui pensent pour elles-mêmes, plutôt entre des pouvoirs politiques qui accaparent ce qu’elles représentent », dit avec justesse le sociologue Philippe Cardon dans un entretien au Monde. En d’autres termes, que ce soit Karim Bouamrane, maire PS de Saint Ouen, adversaire déclaré du fast food Master Poulet au nom de la malbouffe et de la tranquillité des riverains, à l’évidence à des fins de gentrification de sa ville de la petite couronne parisienne ; que ce soient des élu.es LFI, Eric Coquerel et Manon Monmirel, qui prennent la défense de Master Poulet au nom de la liberté du commerce, des dépenses incongrues du maire de Saint Ouen pour gêner l’activité dudit commerce ou encore des contraintes de budget des classes populaires : les groupes dont on parle ne parlent pas, ils sont parlés, dirait Pierre Bourdieu.
Mais il y a une autre « classe objet », pour reprendre la terminologie du sociologue, ce sont les poulets. De façon générale, la spécificité de la cause animale est qu’elle défend des êtres vivants qui n’ont pas la possibilité de parler pour eux même avec une langue intelligible pour les humains.
Mais dans le débat actuel, cette « classe objet » est plus muette que jamais, dans le sens où les poulets sont à la fois très visibles puisque le nom est partout (O’Poulet, All Chicken, Kentucky Fried Chicken etc), et totalement invisibilisés en tant qu’êtres vivants.
En disant cela, je voudrais introduire une autre voix dans le débat, la voix antispéciste, et poser, dans le même temps, la question des conditions auxquelles cette voix peut, non seulement s’exprimer, mais aussi être entendue.
Sans anticiper trop sur le contenu du livre d’Axelle Playoust-Braure, à paraître cette année, on peut déjà rappeler que la consommation du poulet, c’est d’abord le massacre de masse d’animaux. Les…
Auteur: Sylvie Tissot

