Brixham (Angleterre), reportage
En fin de matinée sur les quais de Brixham, sur la côte sud de l’Angleterre, les chalutiers débarquent leur pêche. Les bacs empilés sont extraits de la cale à l’aide d’un palan par paquets de dix. Curieuses, des mouettes s’approchent. Les poissons sont déjà triés et conservés dans de la glace. Parmi eux, quelques classiques : sole, seiche, lotte, roussette… et à leurs côtés, d’étonnantes créatures à foison : des poulpes.
« Je n’ai jamais vu ça de ma vie, en quarante ans de pêche ! lance Phil Mitchell, sur son chalutier à perche, qui revient d’une marée de six jours dans la Manche avec cinq autres marins. On a rapporté 90 bacs cette fois-ci. Il y a deux semaines, c’était 400. » Jordan Watson, qui travaille au Brixham Trawler Agents, la société qui gère le marché, sort sa calculatrice : « Un bac = 40 kg, donc 90 bacs = 3,6 tonnes. Le kilo étant en ce moment à 7,5 livres sterling, cela fait un total de près de 27 000 livres [32 000 euros] de poulpes. »
« Dévastateur » pour les crustacés
Cette « invasion » de poulpes a commencé en mars. Elle est une manne financière incontestable pour les pêcheurs et le marché, d’ordinaire calme à cette période, d’autant qu’aucun quota n’encadre cette espèce. Pourtant, Phil Mitchell se dit « très inquiet ». La pêche traditionnelle dans cette région de l’Angleterre est bouleversée par ce prédateur des fonds marins. « Au début, on était contents, dit le pêcheur. Mais les autres poissons se font de plus en plus rares. Soit le poulpe les mange, soit il les fait fuir. »
Et ce n’est pas le seul souci sur le port. Les pieuvres, dotées de 9 cerveaux et de 3 cœurs, dévorent tous les crustacés sur leur passage. « C’est dévastateur pour nous, car leur nourriture préférée, c’est le homard », déplore Rob Adams, 57 ans, qui pêche ce crustacé à une dizaine de…
Auteur: Laure Van Ruymbeke

