Entre les barreaux de sa cellule de prison, Rosa Luxemburg guette l’arrivée du printemps. Nous sommes au début de la Grande Guerre, en 1915, et la militante antimilitariste est de nouveau emprisonnée. Le cœur meurtri par le massacre de millions de prolétaires, la révolutionnaire s’accroche coûte que coûte à ce qui fait la beauté de la vie.
Le chant des oiseaux, les plantes qui poussent dans les interstices des murs, le clair de lune qu’elle voit depuis sa fenêtre, la neige… Le 13 avril, elle écrit : « Les primevères éclairent ma cellule comme la lumière du soleil. » Dans l’horreur, elle garde l’espoir, cultive la joie et l’émerveillement. Dans ses carnets et dans ses lettres, elle consigne ces moments volés à ces geôliers. Il y a des gens que l’on enferme mais qui restent libres au-dedans.
« Quel bonheur de réentendre le rossignol »
« Aujourd’hui à 7 heures le loriot a de nouveau sifflé, note-t-elle dans son cahier. J’ai entendu le rougequeue noir sur le pignon du toit le matin », ajoute-t-elle. « Quel bonheur de réentendre le rossignol », écrira-t-elle quelques jours plus tard.
Rosa Luxemburg est une théoricienne politique, fondatrice de plusieurs revues militantes, née en 1871 à Zamosc en Pologne. Elle a grandi à Varsovie dans une famille modeste. Adulte, elle sillonne l’Europe pour s’engager corps et âme dans l’internationale ouvrière. Elle mourra en 1919 à Berlin, assassinée par des milices chargées d’écraser la révolte spartakiste pendant la révolution allemande.
Sa ligne sera toujours claire et intransigeante : opposition à la bureaucratie, critique du réformisme, haine du nationalisme, défense de l’autogestion et — c’est tellement rare pour l’époque que cela mérite d’être relevé — un amour débordant pour le vivant, la peur alerte de voir les écosystèmes disparaître, une dénonciation de l’industrialisation du monde.
« Le parti…
Auteur: Gaspard d’Allens
