Les abeilles n’intéressent pas que les apiculteurs et les scientifiques amoureux de biodiversité. Certains veulent aussi mieux les comprendre pour mieux les mettre au travail, dans les champs de l’agriculture intensive. C’est ce que nous rappelle l’anthropologue et apiculteur Robin Mugnier, qui publie Des abeilles au travail (éd. La Découverte, 2026). Dans cet ouvrage issu de ses recherches de thèse, il s’intéresse au « service de pollinisation ». Comprenez le fait que sur certaines cultures — les arbres fruitiers et celles destinées à produire des semences de tournesol et colza — les agriculteurs louent des ruches aux apiculteurs pour qu’elles les pollinisent.
Un travail indispensable, en particulier pour les semenciers qui veulent assurer un rendement maximal et des graines d’une qualité parfaite, qu’ils vont ensuite vendre à l’international. Eux se félicitent de « travailler avec le vivant », mais les abeilles, elles, pâtissent de cette activité. Car le but reste, toujours, de « perpétuer la logique productiviste », nous explique Robin Mugnier.
L’activité de pollinisation est née avec l’agriculture productiviste. Comment cela s’est passé ?
Cela a commencé dans les années 1920, quand il y a eu une forte intensification de l’arboriculture en Californie — pommes, cerises, pas encore les amandes. Les vergers s’agrandissent, on utilise des pesticides, cela détruit les pollinisateurs sauvages et leur habitat. Les agriculteurs et les agronomes de l’époque ont clairement conscience de la destruction qu’ils sont en train d’opérer sur les pollinisateurs. La solution qu’ils trouvent, c’est de recourir à des apiculteurs en leur louant leurs colonies d’abeilles. Au moment où les cultures agricoles deviennent moins hospitalières pour les pollinisateurs en général, les abeilles domestiques sont appelées à venir y travailler.
Vous expliquez dans votre ouvrage qu’il se…
Auteur: Marie Astier

