Le 10 mai 2025, sous les projecteurs et la bande-son haletante de « Quelle époque ! » (France 2), Léa Salamé livre une introduction que tout étudiant en journalisme se devrait d’étudier pour mesurer la puissance de deux pouvoirs fondamentaux des médias : le pouvoir d’agenda et le pouvoir de consécration.
Léa Salamé : On en vient maintenant à un sujet qu’on ne pouvait pas ne pas traiter cette semaine. Deux femmes puissantes, deux femmes influentes ont pris la parole en fin de semaine. Deux femmes dont la voix compte en France et dans la communauté juive. Anne Sinclair et Delphine Horvilleur ont écrit chacune un texte fort alors que la situation n’a jamais été aussi critique à Gaza.
Cette mise en scène d’une actualité subitement présentée comme incontournable ne saurait faire oublier qu’à l’antenne de « Quelle époque ! », Gaza a surtout été un non-sujet, largement laissé hors-champ au cours des deux années passées. Aux arguties de la présentatrice affirmant « ne pas pouvoir ne pas traiter » le sujet en cette semaine de mai 2025, on opposera que la rédaction a très bien pu ne pas le traiter pendant de trop nombreux mois : à titre d’exemple, la précédente émission abordant Gaza remonte au 24 novembre 2024… soit 5 mois plus tôt.
« Les voix qui comptent »… et les distinctions sélectives
Que nous vaut cette soudaine préoccupation ? Deux textes publiés respectivement par la journaliste Anne Sinclair et l’écrivaine et rabbine Delphine Horvilleur, lesquelles ne sont pas en plateau ce jour-là. Leur médiatisation, confie Léa Salamé, s’explique du fait de la notoriété de leurs autrices, immédiatement qualifiées de « voix qui comptent en France et dans la communauté juive », et dont la parole est perçue, construite et légitimée comme un « événement » à part entière, d’une importance telle qu’il provoque un retour de Gaza à l’agenda après des mois de trou…
Auteur: Pauline Perrenot

