Tout est dans le titre : ce court article aborde le problème, très tôt identifié par Wilhelm Reich, que pose l’irrationalisme revendiqué de l’idéologie d’extrême droite pour sa critique, et s’appuie sur les travaux d’Alice Miller et d’Alain Bihr pour identifier de manière aussi schématique et terre-à-terre que possible ses racines psychologiques.
L’irrationalisme est un caractère explicitement revendiqué par le fascisme historique : la réflexion devait céder le pas à l’action, et cette action n’être dirigée que par l’interprétation, par le chef inspiré, du « juste sentiment du peuple ». Les porte-parole de l’extrême droite, jusqu’à aujourd’hui, prétendent toujours « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas », révéler à eux-mêmes les sentiments inavoués et défendre leur droit : y compris celui des mauvais sentiments, puisque leur rhétorique écarte d’un même geste dédaigneux, avec les objections techniques, la morale charitable du « parti du bien ». Comment en vient-on ainsi à rejeter la logique et les bons sentiments ? D’où vient la force de séduction de l’idéologie d’extrême droite ? L’antifascisme peut-il faire l’impasse sur la compréhension des ressorts irrationnels de l’adhésion au fascisme ?
Ce problème a été posé très clairement par le psychanalyste marxiste Wilhelm Reich dans un livre intitulé Psychologie de masse du fascisme, écrit à chaud entre 1930 et 1933, c’est à dire au moment même de l’essor du nazisme. Je commence donc par rappeler le contenu de ce livre, et par évoquer les prolongements qu’il a trouvé dans le travail d’Alice Miller sur la « pédagogie toxique ». Cependant la solution qu’ils proposent me semble bien trop générale pour être satisfaisante. Les études du sociologue Alain Bihr rassemblées en 1998 sous le titre L’Actualité d’un archaïsme, à partir d’une description plus serrée de la…
Auteur: dev

