Carlo Ginzburg citait souvent le mot du grand sinologue Marcel Granet, « la méthode, c’est le chemin après qu’on l’a parcouru ». Lui qui a consacré sa vie à réfléchir aux rapports entre l’érudition et la théorie rappelait ainsi, avec humour et élégance, les aléas et les doutes d’une recherche historique dont il est peut-être la figure contemporaine la plus célèbre à travers le monde.
Rétrospectivement, le chemin de Carlo Ginzburg peut sembler avoir été tout tracé. Il naît en 1939 à Turin, fils de Leone, un universitaire opposant au fascisme assassiné en 1944, et de Natalia, l’une des grandes voix de la littérature italienne du XXe siècle.
Le jeune Carlo Ginzburg étudie à l’École normale supérieure de Pise avec les meilleurs maîtres, l’historien des hérésies Delio Cantimori, le médiéviste Arsenio Frugoni ou le philologue Sebastiano Timpanaro, en compagnie des camarades les plus brillants, Salvatore Settis, Adriano Prosperi ou Adriano Sofri.
Naissance de la microhistoire
En 1966 parait son premier livre, issu de sa thèse, Les Batailles nocturnes, qui s’intéresse aux rites et aux croyances païennes et surnaturelles des paysans du Frioul au XVIe-XVIIe siècle, censées favoriser les récoltes. Son intérêt pour la parole des dominés, l’histoire des classes populaires et les expressions culturelles considérées comme hétérodoxes ou déviantes se conjugue avec un brio méthodologique et narratif inimitable.
Ces traits se retrouvent en 1976 dans son livre le plus célèbre, Le Fromage et Les Vers, qui retrace le destin tragique de Menocchio, un meunier de la fin du XVIe siècle poursuivi par l’inquisition pour ses croyances singulières sur l’origine et l’ordre du monde.
Les années 1970 correspondent à l’essor de la « microhistoire », cette nouvelle approche des sociétés du passé reposant sur des études de cas croisant l’analyse intensive des…
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