Yuna Visentin est écrivaine et autrice du livre Spiritualités radicales, rites et traditions pour réparer le monde, aux éditions Divergence, paru en août 2024.
Reporterre — Dans votre livre vous pointez du doigt un paradoxe : nos combats écologiques s’inspirent des luttes autochtones, du mouvement des paysans sans terre, des Zapatistes sans jamais s’intéresser à quelque chose d’essentiel qui les relie, la question de la foi et la défense d’une théologie qui serait émancipatrice. Comment expliquer cette absence ? Qu’est-ce que cela dit ?
Yuna Visentin — C’est quelque chose que Myriam Bahaffou explique très bien dans la préface du livre, et qui a guidé mon projet d’écriture. Il existe une tendance, au sein de nos milieux politiques attachés à la justice sociale, aux combats féministes et environnementaux, à avoir honte de parler de relations qui défient le partage entre le visible et l’invisible, de relations spirituelles, et spécifiquement de relations à D.ieu, et tous les autres noms qu’on a pu lui donner. On éprouve une sorte de frilosité — face aux traditions religieuses et spirituelles qu’on associe aux causes des souffrances humaines et terrestres.
L’un des cœurs du livre, c’est l’insatisfaction politique et personnelle éprouvée face à ces discours binaires, particulièrement présents dans le contexte français, et qui parlent de « la religion », comme d’un bloc compact et figé. Évidemment, les religions brassent en elles des choses qui nous dérangent. Sans nier ou taire ce qu’elles ont reproduit en termes d’oppression et de violence — et il ne faut jamais le faire ! — il me semble qu’il faut aussi voir que ces catégories sont beaucoup plus fluctuantes qu’on a tendance à le penser et, surtout, qu’elles sont souvent liées à des assignations sociales.
Comme les critiques de la sécularisation l’ont montré, mais aussi les pensées et luttes…
Auteur: Gaspard d’Allens

