Elles filent, les rivières, au pourtour des bourgs ou en leur centre, répandant fraîcheur et apaisement avec leur glou-glou imperturbable. Des paradis qui réveillent les sens, et la vie intérieure…
Leur flux qui masse pieds et jambes, leurs algues ou plantes filandreuses qui les caressent ; leurs reflets moirés à la surface de l’onde ; leurs parfums de terre, d’algues, de fleurs ; leur souffle puissant, leur clapotis, et les zézaiements, trilles d’insectes et autres chants d’oiseaux alentour font vibrer nos sens. Plus encore, la présence, peut-être, de poissons, grenouilles, canards et loutres nous plonge dans le grand bain grouillant de la vie, toutes espèces confondues. Un tel plouf n’est pas si fréquent, et Claude, de Béziers, s’en émouvait en 2024 au micro de Radio Bleu Hérault : « Sur six, sept heures que je reste sur place, tout change […] : les oiseaux, les insectes, les fleurs, les canards… C’est mieux, pour moi, que d’être sur la plage à compter les grains de sable. »
Ah, les grains de sable ! C’est eux qui vont attirer la bourgeoisie du XIXe siècle sur les plages, après le thermalisme. Pendant ce temps, l’ouvrier et le petit employé (mâles) s’offriront, grâce aux rivières, des retrouvailles avec leur corps : « Nié sous la tenue de travail, il retrouvait ici ses droits », développe l’historien des sensibilités Alain Corbin dans une passionnante étude, L’Avènement des loisirs (1850-1960).
Après 1870, cette vie au grand air autour des rivières sera captée par les peintres impressionnistes, qui révéleront comme jamais, à travers scènes de bains et de fêtes, la sensorialité éblouissante de la nature, et la joie qu’elle procure aux humains. Perçues à tort comme frivoles, leurs toiles restent pourtant des témoignages d’un lien précieux à défendre.
| L’Avènement des loisirs (1850-1960), d’Alain Corbin, coll. « Champs histoire », aux éditions… |
Auteur: Catherine Marin

