En Europe, l’antitsiganisme est historiquement et géographiquement aussi diffus que mal documenté. Il y aurait beaucoup à dire du rapport qu’entretiennent les gouvernements avec ces populations disparates qui tiennent à des formes-de-vies qui ne se laissent pas dissoudre dans la fiction stato-nationale mais qu’en est-il plus particulièrement dans une situation de guerre comme celle que traverse l’Ukraine ? Les auteurs de ce reportage se sont rendus dans l’oblast de Transcarpatie pour enquêter et se documenter. Sans surprise, la condition des populations roms en Ukraine se révèle dramatique.
Les Roms en Ukraine, entre fragmentation et consolidation
Dès le 18e siècle, la littérature et les arts usèrent de figures et de poncifs racistes et romantiques figeant les populations roms dans une authenticité et une extranéité inextricable. Nombre d’auteurs européens, qu’ils soient de l’Ouest ou de l’Est, narreront leur envoutement par une « Tsigane » intouchable, yeux et cheveux noirs, lascive et forcément voleuse… au moins du cœur et du destin de l’envouté. Yevhen Hrebinka, poète écrivain romantique ukrainien du 19e siècle, écrit, dans Les Yeux noirs : « Oh ! les beaux yeux noirs, les yeux merveilleux / Les yeux séducteurs étincelant de feu / Comme je vous crains, comme je vous aime / J’ai dû vous croiser un jour de déveine /Vous êtes aussi noirs que le ciel de nuit / Et j’y vois déjà le deuil de ma vie / Et j’y vois encore un brasier vainqueur / Dans les flammes brûle et se meurt mon cœur / Et pourtant je trouve dans mon triste sort / Non pas du chagrin, mais du réconfort : / Le meilleur de ce que Dieu m’avait donné / À ces yeux de braise je l’ai sacrifié ». La romantisation « positive » du « Tsigane » ou du « Bohémien », voyageur, voleur, libre et authentique, en tant que catégorie identitaire racisante, efface les rapports aux territoire parcourus et habités ainsi…
Auteur: dev

