Drôme et Ardèche, reportage
Quand les premiers rayons du soleil pointent leur nez, Alfonso, Lipo, Mohamed et Monji sont déjà dans les vergers. Perchés sur des escabeaux en métal, ils attrapent les abricots avant de les placer dans les larges bassines accrochées sur leur buste. Quelques mots sont échangés, en français, en espagnol, en arabe ou en anglais, puis le silence revient, ponctué par le bruit des fruits heurtant le plastique. Comme eux, des dizaines de milliers de saisonniers agricoles étrangers travaillent chaque été dans les vergers, les domaines viticoles ou les serres maraîchères françaises.
Si ce recours à la main-d’œuvre étrangère existe depuis le XIXe siècle, il s’est largement accentué à partir des années 1950 et plus encore ces vingt dernières années, principalement au sud de la France. « Avant, je travaillais avec des jeunes du secteur et depuis une dizaine d’années, je n’embauche plus que des étrangers », témoigne Francis Seyvet, arboriculteur dans la Drôme. En cause ? Un changement de mentalité des jeunes, moins attirés par l’agriculture, ou qui n’acceptent pas les contraintes du métier, d’après l’agriculteur.
Les réformes successives du chômage, le RSA, le développement de l’intérim, un calendrier scolaire qui s’étire sur le mois de juin, le recrutement par le biais de réseaux de saisonniers étrangers… Chacun explique le phénomène à sa manière.
Une main-d’œuvre docile
La pénurie de main-d’œuvre est toutefois un « fantasme » largement entretenu par les pouvoirs publics et les organisations agricoles, selon Frédéric Décosse, sociologue du travail au CNRS : « Cela a permis d’assouplir les dispositions permettant aux étrangers de travailler. Pourquoi ? Parce qu’ils vont pouvoir imposer un rythme de travail pour rendre cette…
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Auteur: Pauline De Deus

