Saint-André (La Réunion), reportage
Au dernier étage d’un immeuble de la cité Lamarque, la chaleur est écrasante. Dans ce logement social, le quotidien de Manu, 19 ans, et de sa famille est devenu « très dur » ces dernières semaines. Dans le quartier, les coupures rythment les journées et animent les groupes Facebook dédiés. « Pour la vaisselle, la cuisine, les toilettes et le ménage, on doit remplir des bouteilles et des seaux d’eau avant les coupures. » 2 seaux et 10 bouteilles précisément, « on ne peut pas acheter plus de contenants, financièrement, c’est très compliqué », confie Manu. Elle vit ici avec sa compagne, son père, agent d’entretien en grande surface, et ses deux petites sœurs qui les rejoignent le week-end. « Je m’inquiète surtout pour elles. Quand l’eau revient, j’ai peur que ça les rende malades. »
Dans ce quartier de Saint-André, à l’est de La Réunion, les coupures quasi quotidiennes depuis décembre sont venues renforcer la précarité de certaines familles. « J’avais un entretien pour être apprentie en boulangerie, mais à cause du manque d’eau, je ne pouvais pas laver mes affaires et je craignais de sentir mauvais. C’est la voisine qui m’a prêté de l’eau pour que je puisse y aller dans de bonnes conditions », raconte encore Manu.
À l’origine de cette crise de l’eau, une sécheresse exceptionnelle à La Réunion. Le mois de janvier 2025 est le plus sec enregistré depuis cinquante-quatre ans : le déficit de pluie pour décembre et janvier s’élève à -75 % sur l’ensemble du territoire, précise Météo-France. Saint-André, Salazie, Sainte-Marie, Bras-Panon, Le Port et La Plaine des Palmistes sont toujours en situation de crise et neuf communes sont aussi en alerte et alerte renforcée. À Salazie, grenier maraîcher de l’île, il n’a plu que 100 mm contre 1 000 mm en moyenne entre décembre et janvier. Conséquence, les cours…
Auteur: Lola Fourmy, Martin Huré

