Depuis le 21 mai, un épisode de chaleur « inédit, historique, exceptionnel », selon les mots de Météo-France, a plongé l’Hexagone dans un avant-goût du monde de demain. Un monde dans lequel l’accentuation de la crise climatique se traduira par des canicules de plus en plus intenses et précoces.
Hasard de calendrier, le nouvel ouvrage de Magali Reghezza-Zitt, géographe française de renom, est paru le 22 mai aux éditions du Seuil. Intitulé Bienvenue en 2055, il raconte un monde devenu neutre en carbone. Pour Reporterre, l’enseignante-chercheuse, ancienne membre du Haut Conseil pour le climat, revient sur le phénomène météorologique traversé par la France et les leviers à activer pour adapter nos sociétés à ces épisodes.
Reporterre — La France, comme l’Europe de l’Ouest, traverse une canicule remarquable pour un mois de mai. Le climatologue français, Christophe Cassou, l’a qualifiée « d’ovni climatique ». Était-elle pour autant prévisible ?
Magali Reghezza-Zitt — Les scientifiques savaient qu’un tel événement pouvait arriver. C’est totalement cohérent avec les modèles. Dans un climat qui se réchauffe, des épisodes de chaleur plus intenses et plus précoces sont susceptibles de se produire.
Pour autant, celui-ci est tout à fait exceptionnel par rapport à tout ce qu’on a pu mesurer en France depuis 150 ans. Il échappe vraiment à toutes les mesures. C’est cela qui est perturbant. Les scientifiques avaient beau savoir que ça arriverait, on est sur quelque chose de stupéfiant, sidérant, par rapport à ce que l’on a l’habitude de voir, y compris lors de chaleurs extrêmes.
Il ne faut donc pas s’attendre à vivre régulièrement de tels printemps.
C’est bien là toute la question. Une chose est certaine : plus la crise climatique gagnera du terrain, plus nous vivrons ce type d’événements de plus en plus tôt dans l’année. C’est écrit noir sur blanc dans le…
Auteur: Emmanuel Clévenot

