Rovasenda (Italie), reportage
Sur le chemin de terre qui mène aux rizières de Mara Stocchi, à Rovasenda, un troupeau d’oies se dandine et cacarde bruyamment, sans grands égards pour la quiétude du lieu. Autour d’elles, des arbres et des buissons ont poussé au milieu de champs, où l’on a tour à tour semé du riz, de l’avoine, du millet… Ce décor quasi sauvage tranche avec le paysage local, marqué par la monoculture intensive du riz.
Le Piémont est la première région rizicole d’Italie, elle-même première productrice de riz en Europe. Depuis des mois, le riz italien n’en est pas moins en état d’alerte. Sous l’effet de la concurrence et des guerres mondiales, la filière subissait déjà de plein fouet l’explosion des prix de l’énergie et des intrants chimiques, et une baisse drastique des prix du riz (jusqu’à -60 % par rapport à 2025). La sécheresse de cet été est venue enfoncer le clou : la production piémontaise a chuté de 20 % en moyenne par rapport aux années précédentes, selon l’association d’agriculteurs Coldiretti.
Semences anciennes
Una Garlanda, l’exploitation familiale de 130 hectares de Mara Stocchi, a été épargnée par cette tempête. « Hormis quelques pertes, notre récolte de riz a été fructueuse », affirme la rizicultrice en claquant la porte d’un entrepôt, déjà plein à craquer alors que de derniers hectares attendent encore d’être moissonnés. Pour elle, ça ne fait aucun doute : le passage à l’agriculture biologique les a sauvés.
Après quarante ans de monoculture, cette ferme rizicole a pris un tournant radical aux débuts des années 2000. À l’époque, son père Fulvio décide d’en finir avec les produits chimiques, après qu’on lui a diagnostiqué la maladie de Crohn (une maladie inflammatoire chronique de l’intestin). « Il était convaincu que ces produits les avaient rendus malades, lui et la terre », se souvient…
Auteur: Caroline Bordecq
