Les théoriciens n’ont pas écrit l’histoire du management tout seuls

L’histoire du management est généralement présentée comme une succession de grandes lignes de pensée apparues depuis un peu plus d’un siècle. Ainsi, les historiens distinguent la période dite de l’« organisation scientifique du travail » qui va de 1910 à 1930 marquée par le Taylorisme ; celle dite de « l’école des relations humaines » de 1930 à 1950 caractérisée par la prise en compte des besoins psychosociologiques des employés, ou encore celle des « relations industrielles » (de 1950 à 1975), dominée par l’affrontement entre employeurs et syndicats. La période qui s’étend depuis serait celle de la « gestion des ressources humaines », selon laquelle l’employé n’est pas (plus) un adversaire mais une ressource.

En simplifiant un peu, deux grandes approches guident l’écriture des récits historiques du management. On retrouve tout d’abord une interprétation d’inspiration marxiste, selon laquelle les employeurs oppressent les classes laborieuses pour en extraire toujours plus de richesse. L’alternative est une lecture « libérale » puisant chez Adam Smith et qui se fait l’avocate des entreprises et de leurs retombées socio-économiques bénéfiques.

Pro ou anticapitaliste, la littérature sur l’histoire du management insiste systématiquement sur le fait que ses héros et pères fondateurs sont les grands ingénieurs, théoriciens ou consultants en management. Les noms de Frédéric Taylor, Henri Fayol, Elton Mayo, Chester Barnard, Peter Drucker et bien d’autres reviennent dans tous les livres sur la genèse du management et son développement. À en croire les historiens, le management serait donc une épopée de géants de la pensée, expliquant de leur bureau aux managers quoi faire et comment le faire.

Cette version de l’histoire du management est soutenue par l’idée, rarement explicitée mais largement acceptée, que les premiers capitaines d’industrie et leurs seconds…

La suite est à lire sur: theconversation.com
Auteur: Jean-Etienne Joullié, Professeur de management à l’EMLV, Pôle Léonard de Vinci