Depuis des décennies, les think tanks jouent un rôle majeur dans l’élaboration des orientations idéologiques des deux principaux partis aux États-Unis. Une bonne partie de ces centres de réflexion sont résolument conservateurs. S’ils ont eu un certain impact lors du premier mandat de Trump, cet écosystème a connu une nette recomposition durant celui de Biden quand sont apparues de nouvelles structures, cette fois totalement trumpistes dès le départ. Think tanks installés depuis longtemps et nouveaux venus se livrent une lutte d’influence acharnée, parfois jusqu’au sein de la Maison Blanche.
« Project 2025 » : ces deux mots auront marqué la campagne présidentielle de 2024 aux États-Unis. Piloté par The Heritage Foundation, ce projet était centré sur le « Mandate for Leadership », un catalogue de 900 pages égrenant mesures législatives et propositions politiques à l’intention d’une future administration républicaine. Le « Mandate » a été rapidement décrié par les démocrates, qui l’ont présenté comme un dangereux programme aux tendances antidémocratiques avant de s’en servir comme fer de lance de leurs attaques contre le candidat Trump. Pourtant, au-delà même de son contenu, le Projet 2025 était un exercice assez classique de la part d’un think tank.
Il n’existe pas de définition consensuelle du terme de think tank, qui peut inclure une variété d’organisations aux formes et objectifs très divers. Aux États-Unis, toutefois, le terme tend à désigner des instituts de recherche indépendants spécialisés dans l’analyse des problèmes de politique publique et la recherche de solutions, sous la forme de mémorandums, de notes d’information ou encore de briefings. Traditionnellement, ces instituts sont financés par des petites donations de citoyens lambda et/ou par de larges dons de fondations privées. Dans les deux cas, l’origine des fonds est souvent opaque et difficile à…
Auteur: Pierre Mourier, Doctorant en études nord-américaines, Université Lumière Lyon 2

