Friches réaménagées, espaces de coworking, fab labs, mais également centres sociaux ou encore bistrots de quartier : tous ces espaces sont aujourd’hui absorbés, de gré ou de force, par la catégorie « tiers lieux ». Présentés à la fois comme des outils privilégiés de la relance économique et comme des initiatives territoriales de transition, les tiers lieux sont vantés tant pour leur potentiel de développement que pour leur dimension alternative au paradigme dominant néolibéral.
Cet enthousiasme qui ne craint pas la contradiction, lié à la fois à la plasticité du concept et à l’hétérogénéité des intérêts de ceux qui s’en emparent, produit une confusion générale qui ne facilite pas un débat public éclairé. Nos recherches montrent que la généalogie du concept s’avère complexe et que son apparition tonitruante en France reste liée à des enjeux politiques spécifiques. Ce phénomène génère des comportements opportunistes de la part d’acteurs sociaux et territoriaux en quête de financement public. La lutte pour l’acquisition des ressources s’accompagne d’une « guerre des usages » et risque de favoriser les acteurs les mieux établis. Ce, au détriment d’initiatives émergentes portées par des acteurs engagés qui proposent des modèles originaux mais passant sous les radars.
Le lien social d’abord
Le terme de tiers lieu a été forgé à la fin des années 1980 par Ray Oldenburg, sociologue de la ville étatsunien, pour désigner tous les endroits de sociabilité intermédiaire qui ne relèvent ni de la sphère familiale ni de la sphère professionnelle. Les bistrots, les salons de coiffure ou les squares sont, dans cette perspective, tous des tiers-lieux. La notion recouvre en somme tous les espaces de loisir faiblement structurés où l’on vient certes pour pratiquer une activité – non lucrative – mais surtout pour profiter de l’ambiance et créer ou renforcer le lien social….
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Auteur: Céline Bourbousson, Maitresse de conférences en sciences de gestion, Université Côte d’Azur

