Ce que les survivants ne vous disent pas
On compte les morts. Ce qui ne se voit pas, en revanche, c’est la fertilité qui s’effondre chez ceux qui restent debout. Des chercheurs ont exposé Osmia cornifrons, une abeille solitaire commune, à 30 °C ou 38 °C pendant quatre heures, puis l’ont replacée à 24 °C pendant 48 heures. Le temps de « récupérer ».
À l’issue de cette récupération, les analyses révèlent une baisse significative du nombre de spermatozoïdes, de leur motilité et de leur capacité à féconder. En clair : l’abeille vit, butine, a l’air en forme. Pourtant, sa fertilité est durablement compromise. La canicule laisse donc une cicatrice invisible.
Les solitaires, sans climatisation ni syndicat
Osmia cornifrons est une abeille solitaire. Cela signifie qu’elle ne bénéficie d’aucune des protections collectives que s’est offerte Apis mellifera, l’abeille domestique.
Une ruche maintient une température interne stable autour de 34-35 °C grâce à un système collectif élaboré : ventilation par battement d’ailes, apport d’eau, redistribution permanente des ouvrières. Une sorte de climatisation sociale, développée au fil de millions d’années d’évolution.
Les abeilles solitaires, elles, nichent dans le sol, le bois ou des tiges creuses. Leur nid suit la température ambiante. Chaque pic de chaleur est donc une épreuve directe, sans amortisseur.
Elles représentent pourtant la majorité de la diversité des pollinisateurs en Europe, avec plusieurs centaines d’espèces. En revanche, elles n’ont ni lobbyiste ni organisation professionnelle pour porter leur cause.
Un point faible partagé par tous les insectes mâles
Ce n’est pas une spécificité d’Osmia. Des travaux antérieurs sur des coléoptères avaient montré qu’une vague de chaleur simulée en laboratoire réduisait de moitié la production de spermatozoïdes. Une seconde exposition approchait la stérilisation complète. La…
Auteur: Isabelle Vauconsant

