Dans cette nouvelle lettre que Ritchy Thibault est parvenu à nous faire parvenir depuis la prison de Fleury-Mérogis, il revient sur le rapport que les voyageurs entretiennent avec la prison. Depuis son expérience personnelle et familiale, il raconte un « art de la carcérologie » qui est aussi une manière de ne jamais céder sur la dignité et la liberté.
« Nos ancêtres, nos vieux ont vécu pire, donc on garde la tête haute. »
Mickaël Gilgenmann dans une lettre du 5 octobre 2026 depuis la centrale de Lannemezan où il est incarcéré non loin du site d’un ancien camp de concentration pour Nomades.
Mickaël c’est mon pral [frère]. Ça fait maintenant quelques mois que l’on correspond. Il est rentré au chtar [prison] à 22 ans avec une peine de 5 ans pour un tchore [vol]. Il en a aujourd’hui 37 et est encore retenu derrière les barreaux suite à une série de « peines internes » prononcées contre lui du fait qu’il a toujours refusé de baisser la tête. La semaine juste avant d’être écroué, j’ai pris un café avec un autre de mes pral voyageurs dans le 95. Je lui ai dit : « T’as un beau tatouage sur la main. » Il a en effet trois points en triangle (mort aux vaches), signe et affirmation d’un profond rejet et mépris de l’autorité – que l’on est si nombreux à arborer sur nos corps chez nous. Mon papou [grand-père] l’avait sur sa main, lui qui a aussi connu le chtar en région parisienne avant de venir s’installer en Dordogne et de fonder sa famille. Après ma remarque, cet homme m’a répondu : « Je l’avais fait quand j’étais tombé au chtar à 22 ans pour un tchore. » Quelques semaines avant de me faire ramasser par les klisté [arrêté par la police] et de finir entre ces vilains murs, j’ai mangé avec un copain voyageur avec qui je milite et son père. Le sien était sous le coup d’un mandat de recherche pour une peine de 10 mois de chtar et le mien y était déjà…
Auteur: dev
