L'espace public, il est à qui ? Regard Critique n°57

Nous allons nous intéresser aux tenants et aboutissants de cette tension et l’inscrire dans un contexte social plus large qui met la propriété privée au-dessus de toute autre chose. Puis, nous allons analyser le cas spécifique d’Uni Mail et des mesures d’exclusion qui y ont lieu.

Des usages différents de l’espace public

Notre société est fondamentalement régie par la sacrosainte propriété privée. Ce truisme engendre une tension particulière autour de l’utilisation de l’espace public, d’une part par la population logée, détentrice d’un chez-soi, et d’autre part, par les personnes sans logement. En effet, pour la majorité logée, l’espace public est un lieu de passage, de transport ou de consommation. Il se distingue complètement de l’espace privé, auquel les personnes logées ont accès pour se protéger, pour décompresser, pour vivre. Or, cette distinction entre espace privé et espace public n’a pas de sens pour les personnes sans chez-soi : pour elles, leur espace privé est l’espace public. Leur condition est fondamentalement une condition de non-propriété. Cette réalité spécifique les place dans une opposition au système urbain bourgeois conçu pour la circulation du capital et le divertissement.

Le système urbain bourgeois produit une représentation de l’espace où la ville est perçue comme un espace de consommation. Ainsi, l’espace public n’est plus un domaine de liberté, mais bien un environnement régulé dans lequel des comportements normés doivent être adoptés. Ces comportements sont liés aux achats et aux loisirs. Dans cet esprit, les centres commerciaux, les gares, les quartiers gentrifiés deviennent des zones “quasi-publiques”, et le droit de présence conditionnel. Or, pour les personnes sans logement, l’usage de l’espace public ne répond pas à une logique commerciale ou consommatrice, mais bien à de la survie. Leurs pratiques spatiales dans un espace public…

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