Séville (Espagne), correspondance
L’Espagne se démarque dans une Europe qui vire à droite. Dernier grand pays de l’Union européenne (UE) gouverné par la gauche, elle défend la transition écologique quand beaucoup la freinent, promeut les politiques sociales que d’autres détricotent et regarde l’immigration comme une occasion favorable là où la majorité y voit une menace. Sur un continent qui se détourne du climat, de la tolérance et de la solidarité, l’Espagne de Pedro Sánchez tient le flambeau de l’attachement à ces valeurs.
L’UE n’est pas l’Europe. Mais c’est un bon thermomètre de ses humeurs. « Lors de la dernière législature (2019-2024), l’Union était très centrée. Avec pour priorités la décarbonation, le pacte vert, la numérisation et l’État de droit, dit Ignacio Molina, politologue spécialiste des relations entre l’Espagne et le monde pour l’Institut royal Elcano. Maintenant, un tiers des pays sont de centre droit classique, et un tiers des gouvernement sont encore plus à droite. » Pareil au Parlement, où le Parti populaire européen (PPE), groupe de la droite classique et première force de l’hémicycle, vote désormais avec l’extrême droite quand ça l’arrange. Impensable en 2019.
Conséquence : un brusque rétropédalage sur l’environnement. Comme le montrent la difficulté à négocier un objectif, même allégé, de baisse d’émissions des 27 pays pour 2040, et le vote du paquet Omnibus. « L’idée qui domine est que les politiques vertes coûtent trop cher et plombent notre compétitivité face à la Chine et aux États-Unis. Que les règles sont trop lourdes, et qu’il faut “simplifier” », observe Ariadna Rodrigo, chargée de campagnes politiques à Bruxelles pour Greenpeace.
Salaire minimum, immigration, soutien à Gaza…
Dans ce contexte, l’Espagne fait figure d’oasis. Premier ministre depuis 2018, le socialiste Pedro Sánchez a formé une…
Auteur: Alban Elkaïm

