Si l’histoire de l’Allemand chef d’orchestre cul-de-jatte racontée ici même voilà peu vous a plu, vous apprécierez sans doute celle qui suit, rapportée par un lecteur spécialiste en intelligence artificielle, qui la tient de son père, pionnier de l’informatique (et par ailleurs ami personnel d’Andreï Sakharov). Une histoire, me dit-il qui circulait dans les milieux informaticiens soviétiques dans les années 1970. Un puissant ordinateur (du genre super grosse machine), doté d’un programme de traduction automatique du russe vers l’anglais et vice-versa, est inauguré en grande pompe par les officiels soviétiques, qui demandent une démonstration. Un ingénieur propose alors cette phrase, tirée de l’Évangile : « L’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
Après dix minutes de calcul sort une phrase en anglais, que personne ne lit. L’ingénieur demande alors à la machine la traduction inverse (de l’anglais vers le russe). Dix minutes plus tard sort le résultat : « La vodka est forte, mais la viande est pourrie. » De l’esprit à la vodka et de la chair à la viande : les voies de l’informatique soviétique sont impénétrables. Quoique, à la réflexion, ce super ordinateur livrait peut-être une vérité de l’époque. Pour son discours de politique générale, François Bayrou (notre nouveau premier ministre, je le rappelle aux distraits) devrait peut-être essayer, en s’en remettant à l’intelligence artificielle. On aurait peut-être des surprises.
Auteur: Alain Rémond

