De quoi « l’esprit du 11 janvier » (1) est-il vraiment le nom ? Rarement dans l’histoire une journée nationale de rassemblements et de défilés aura autant pesé sur le devenir de la politique française et du débat public. Comment un tel désarroi de masse a-t-il pu fonder et nourrir une injonction d’État ?
Le 11 janvier 2015, 4 millions de personnes ont défilé en France en réaction au massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et de l’attaque de l’Hyper Cacher de Vincennes.
Il n‘y a pas de foule anonyme. Chaque colère collective a sa personnalité, son lexique, ses gestes, ses visages. Chacune donne à son époque sa musique, ses couleurs, ses rêves ou ses désespoirs. L’histoire d’une humanité qui s’institue elle-même est scandée de ces surgissements inattendus. Ces foules, comme on dit, « font l’histoire ». Mais elles ne l’écrivent jamais, tant on s’empresse de le faire à leur place.
Non, il n’y a pas de foules anonymes. Il faut s’y glisser pour en sentir le souffle particulier. Quand les corps font corps, un être singulier et éphémère se forme, fait de volonté, de rage ou de rêves en partage, d’intelligence commune. On n’entre pas dans ces foules de façon innocente. Elles nous prennent, elles nous suivent, elles nous habitent pour longtemps. Pour le meilleur ou pour le pire.
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Il y a des foules qui galvanisent l’avenir commun comme celles de la résistance à la réforme des retraites en 2023. D’autres qui le défont, comme le 1er mai 2002. Les mobilisations de panique ou de défaite peuvent être de…
Auteur: Alain Bertho

