Sauriez-vous définir ce qu’on entend par « culture alternative » ou « culture underground » en Occident ? Plus d’un chercheur s’est cassé les dents sur cette question.
Qu’on situe cette culture dans les années 1970, dès la Beat Generation dans les années 1950, voire bien avant, dès les poètes romantiques et les bohèmes du XIXᵉ siècle, on sent un petit air de famille. Mais il est ardu de le qualifier avec précision.
La culture underground se révèle difficile à cerner. Elle nous échappe, qu’elle soit appréhendée par sa dimension artistique, politique, par le prisme de l’innovation sociale ou de la critique économique.
Chez tous ceux que l’on rattache de près ou de loin à ces mouvements alternatifs, se dégage pourtant un esprit commun : l’esprit nomade tel qu’il a été conceptualisé par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans les années 1980.
C’est, selon mes recherches, la matrice de toute forme d’expression qualifiée de « culture alternative ».
Une multitude de courants
La culture alternative a pu être appréhendée comme un mouvement politique appartenant à la contre-culture, souvent inscrit dans l’illégalité depuis les années 1970 (mouvements antipub, squat, terrorisme d’extrême gauche pour ses composantes les plus radicales en Italie ou en Allemagne). Elle a pu être approchée par sa dimension artistique, considérée comme l’épicentre des avant-gardes. Enfin, elle a pu être qualifiée par ses tentatives d’innovation sociale, mettant au défi les institutions. Selon des proportions variables, ces trois facettes sont toujours présentes. Elles définissent en fait une multitude de courants underground.
Par-delà ces trois caractéristiques, la pensée nomade définirait une matrice commune à toutes les cultures alternatives.
Si l’on suit la réflexion menée par les philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Capitalisme et schizophrénie, par…
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Auteur: Fabrice Raffin, Maître de Conférence à l’Université de Picardie Jules Verne et chercheur au laboratoire Habiter le Monde, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

