L’État binational, une idée juive

Prononcer ces mots peut valoir aujourd’hui de graves désagréments dans la sphère médiatique. Dites « État binational », mot d’ordre antisioniste par nature, et vous courez le risque d’être accusé d’antisémitisme. L’évocation de ce système politique met en furie l’extrême droite au pouvoir en Israël, ses soutiens en France, et tous les partisans de l’amalgame antisionisme-antisémitisme, ministres de l’Intérieur et de la Justice en tête. Voilà pourtant un immense paradoxe.

Car l’État binational est une idée juive. Elle a été défendue dès 1925 par l’organisation Brit Shalom (Alliance pour la paix), puis en 1947 par quelques-uns des plus prestigieux penseurs juifs, comme Martin Buber et Hannah Arendt. « Nous visons une structure sociale basée sur la réalité de deux peuples vivant ensemble… Voici ce dont nous avons besoin, et non d’un ‘État juif’ », écrivait Buber en 1947. Mais la partition imposée par les Nations unies le 29 novembre 1947 a relégué l’État binational au rang d’utopie, et même d’utopie hostile pour le mouvement sioniste qui héritait d’un « partage » incroyablement favorable à la population juive.


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En quelques années, l’État binational est devenu un mot d’ordre « arabe » destructeur d’Israël, et bientôt, un slogan « antisémite ». Au cours des années 1970, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) relança l’idée binationale, avant de privilégier à partir de 1974 la solution « à deux États » qui supposait la reconnaissance au moins implicite d’Israël, et qui se référait au droit international consigné notamment dans la résolution 242 de novembre 1967….

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Auteur: Denis Sieffert

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