Elsa Marcel est avocate au barreau de Saint-Denis, militante à l’organisation trotskiste Révolution Permanente et récemment élue au conseil municipal de Saint-Denis. Elle est l’autrice de “Etat de droit” ordre bourgeois : renouer avec la défense politique publié le mois dernier à La Fabrique. Nous l’avons rencontrée à cette occasion.
La fiction de l’Etat de droit
Votre livre part d’un constat assez radical : il n’y a pas de réelle crise de “l’Etat de droit” (un État où le pouvoir est limité par la loi et ne peut pas agir arbitrairement), ce qu’on voit comme des dérives appartient plutôt à son fonctionnement normal. Comment expliquez-vous cela à quelqu’un qui perçoit l’autoritarisme actuel comme une dérive du régime ?
Je pars d’un sentiment très largement partagé à gauche, y compris chez les défenseurs des libertés publiques : face au durcissement répressif, on a tendance à se lamenter de la situation, à interpeller le pouvoir pour qu’il respecte ses propres règles, et à en appeler aux grands principes de la démocratie libérale en regrettant qu’ils ne soient pas respectés.
Mon point de départ, c’est de dire : oui, il y a un durcissement répressif, il est incontestable, et évidemment tous les régimes ne se valent pas. Mais je ne crois pas qu’on puisse parler simplement d’une “crise” de l’État de droit. Si on veut combattre efficacement ce durcissement, il faut en comprendre les racines. Or on ne peut pas faire face à une menace réelle avec des abstractions.
C’est pour ça que j’essaie de montrer que l’État, la Constitution et les grands principes des régimes libéraux et impérialistes ont toujours intégré la possibilité de s’auto-amender pour répondre à la raison d’État, pour imposer leur volonté notamment en période d’instabilité et de crise.
Pour comprendre ça, il faut se réapproprier la théorie marxiste du droit, qui a été…
Auteur: Rob Grams

