Saint-Péray (Ardèche), reportage
Au milieu des bruits de tronçonneuses et de pelleteuses, une sirène retentit : dans le fourgon de police, trois hommes en uniforme et un autre, plus jeune, les mains menottées dans le dos. À Saint-Péray, le 29 septembre, cette scène s’est rejouée, en boucle, jusqu’à la nuit tombée. Dans cette commune ardéchoise, les habitants ont été témoins d’un déploiement de force jamais vu ici pour permettre la poursuite des travaux du chantier de la déviation routière de la route départementale 86 (RD86). Celle-ci doit artificialiser 3,2 hectares abritant de nombreuses espèces. Sans compter que ce tronçon routier n’est qu’une partie d’un projet plus large de contournement de la ville de Valence sur 50 ha de terres agricoles et naturelles.
De part et d’autre de la voie ferrée, une centaine de policiers étaient mobilisés. À l’intérieur du périmètre, une vingtaine d’« écureuils » perchés pour défendre arbres et végétation qui pourrait bientôt être rayée de la carte. Après un mois sur le site, les occupants ont été expulsés, un à un, avec des méthodes jugées « brutales » et « dangereuses », d’après plusieurs militants.
« Ils ont fait dégringoler une fille dans les branches, pour l’autre ils ont tiré sur la corde et j’ai vu une personne tomber de plusieurs mètres de haut », raconte Jean-Luc, habitant de la commune voisine. Venu pour soutenir les opposants dès 6 heures du matin, il a eu la surprise de découvrir l’ampleur de la mobilisation policière quelques heures plus tard.
« En allant chercher mon vélo, je suis tombé sur un CRS avec un fusil mitrailleur… raconte-t-il. C’est horriblement disproportionné. » Âgé de 74 ans, il s’est lui-même détaché de l’arbre qu’il occupait pour éviter la garde à vue.
Rares sont les témoins qui ont assisté à cette évacuation. Qu’il soit habitant, élu ou syndicaliste, tout…
Auteur: Magali Stora, Pauline De Deus

