L’image est gravée dans nos inconscients collectifs : celle d’une vache regardant placidement passer un train, comme un archétype d’une nature impassible face à une modernité en marche. On retrouve cette vision d’un bovin figé au milieu d’un pré verdoyant dans les livres d’enfants, sur la pochette d’un fameux album de Pink Floyd, sur des fonds d’écrans d’ordinateurs, ainsi que dans de nombreuses publicités où les ruminants nous vendent, tour à tour, du chocolat, une destination touristique ou du fromage à bas prix.
La Publicité moderne. Revue mensuelle, septembre 1906
Aux antipodes de cette image de la vache immobile, immuable, il y les vaches réelles. Celles-là ne cessent de se transformer et d’évoluer, comme on peut le voir au fil des concours agricoles et des éditions du Salon de l’Agriculture. La Holstein, par exemple, est devenu le standard global de la vache à lait ; originaire des Pays-Bas, cette race a traversé l’Atlantique, pour mieux revenir ensuite sur le vieux continent avec un gabarit considérablement plus imposant et une productivité sans commune mesure.
L’héritage de la vache : de la lettre A à l’étymologie de capitalisme
La vache ne cesse, de fait, d’évoluer, mais aussi de façonner notre culture. C’est vrai sur le plan symbolique, comme en témoigne la lettre A de notre alphabet latin, dérivée d’un pictogramme représentant une tête de taureau. C’est vrai également sur le plan économique. Le mot capital est ainsi dérivé du terme cattle, (cheptel en anglais), qui désigne des animaux de rente que l’on possède pour toute richesse, avec lesquels on noue des alliances, on règle des dots, on occupe du terrain.
Mais si les vaches ont ainsi pu participer à façonner notre vision du monde, les êtres humains les ont aussi forgées en…
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Auteur: François Thoreau, Sciences Techniques et Société, Humanités environnementales, Université de Liège

