Reporterre vous propose chaque premier samedi du mois une nouvelle de science-fiction inédite. Nous avons donné carte blanche à des autrices et auteurs pour écrire des textes qui nous transportent vers des futurs écologiques désirables.
Écrivain de science-fiction et de fantasy, Camille Leboulanger manie les récits tantôt utopiques, tantôt postapocalyptiques. Il explore ici un chemin intermédiaire, où l’écosabotage tente de s’opposer à la dystopie de l’industrie automobile. Bonne lecture.
Entretien avec N. V.-L. réalisé le 17 juin 2036, à la maison d’arrêt du Rheu, quartier de sécurité renforcée (QSR). Les propos ont été retranscrits de mémoire : tout dispositif d’enregistrement, prise de note manuelle y compris, est interdit au sein du QSR.
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Quand j’étais ado, dans les années [20]20, j’habitais à la campagne. Comme on n’avait pas assez d’argent pour se payer des verres aux fêtes, l’été, on buvait un max à la maison avant de descendre au village. Sur le chemin, pour rigoler, on cassait des rétroviseurs à coups de pied. Mais on avait des principes — une conscience de classe, déjà, si tu veux — alors on choisissait. On touchait pas aux rétros des voitures trop vieilles, trop abîmées. On cassait pas les voitures de pauvres, quoi.
C’est un truc que j’ai gardé quand je suis venu habiter en ville, et quand avec les camarades on a commencé à brûler des bagnoles. L’une d’entre nous était super calée en voitures, iel connaissait les marques, les modèles, les années. On avait programmé une appli qui permettait de scanner les immatriculations. Nous, on a choisi de ne brûler que les voitures construites après 2015, l’Accord de Paris. C’était plus symbolique qu’autre chose, mais y’avait une logique. On partait du principe que ceux qui roulaient encore avec une voiture d’avant 2015 n’avaient pas le choix, pas les moyens de faire autrement. Ils étaient forcés…
Auteur: Camille Leboulanger

