L'étincelle contre-révolutionnaire

Gouvernement de la matraque et du 49.3, l’équipe d’Elisabeth Borne pourrait bien finir par rendre le plus grand des services à la gauche : l’édifier sur le rôle de la contre-révolution dans l’Histoire et la sortir de sa torpeur.

Car les progressistes souffrent d’une singulière tendance à l’autolyse stratégique. S’il est légitime de s’interroger sur les échecs de la gauche, l’analyse conduit parfois à se transformer en médecin légiste.

Évolutions sociologiques adverses, transformations du langage, consumérisme, toute puissance de la finance… Les verdicts qui tombent alors prennent la forme de l’autopsie. Et semblent révéler une certaine fascination pour l’échec. C’est que la gauche qui perd offre des catégories faciles pour les intellectuels : dirigeants capitulards, stratégies mal calibrées, compréhension du monde trop peu raffinée… Elle permet aux grands voyageurs de l’éther des idées d’éviter d’avoir à poser leurs valises dans les tranchées du monde réel. Celui qui entache leurs théories dès lors que la gauche accède enfin aux affaires.

Un problème apparaît pourtant assez vite à qui se penche sur la question : la droite aussi commet des erreurs, s’appuie sur des analyses sociologiques absurdes, élabore des théories fumeuses. Et pourtant, elle déroule sans grande difficulté son programme depuis des décennies…

Dans un ouvrage publié en 2010, l’historien américain Greg Grandin souligne que les observateurs des processus de transformation sociale « se concentrent en général sur l’incapacité du nouveau monde à naître pour se désintéresser de la violence idéologique et institutionnelle à travers laquelle l’ancien résiste ». Il existerait donc une seconde réponse à la question « Pourquoi la gauche perd ? » : la gauche perd parce que ses adversaires l’emportent. Parce qu’à chaque étape des processus politiques, dans chaque recoin des institutions, dans tous les compartiments de la société, les conservateurs ont déposé des verrous barrant la voie à la transformation sociale. La gauche perd parce que la contre-révolution est à l’œuvre.

À la fin des années 1960, un autre historien américain, Arno Mayer, se consacre à l’étude du phénomène contre-révolutionnaire. Alors qu’il parcourt les catalogues de la Bibliothèque nationale de France et de celle de Princeton, aux États-Unis, il fait un constat : « C’était l’époque où on utilisait encore des petits cartons pour les catalogues, raconte-t-il bien des…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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