À Rome, les immigrés vont et viennent depuis que les Romains, voilà deux mille ans, envahissaient les pays étrangers et amenaient à Rome des esclaves : noirs, blancs, bruns, juifs et tant d’autres. Au point qu’aujourd’hui, à la vue d’un citoyen romain, « de plus de sept générations », comme ils disent ici, on ne peut pas affirmer l’identité de ses ancêtres, avec tout le minestrone constitué entre les peuples pendant l’empire romain, et sa production d’enfants légitimes, enfants naturels, enfants de citoyens libres, enfants d’esclaves et enfants de personne. Pourtant, un général italien affirma dernièrement : l’italianité se prouve par la blancheur de la peau. Connaît-il vraiment l’histoire de l’Italie ? Possède-il une bonne vision oculaire ? Une fois, un garçon m’amusa jusqu’au rire. Il leva le bras pour le salut fasciste et cria : « Vive la race blanche ! ». Pourtant, ses cheveux noirs et sa peau foncée ressemblaient aux miens. Je sourirais si quelque descendant d’esclaves, pas tout-à-fait blanc de peau, dans l’ignorance de sa généalogie, se travestissait en « skinhead raciste, anti-immigré » ; il n’a pas fréquenté l’université pour connaître l’amusante loi de l’hérédité. Le brassage antique est ignoré ou, plus grave, occulté.
J’ai appris qu’un saint d’ici, un des plus importants, appelé Saint Augustin, est algérien ! Oui ! Oui ! Algérien doc ! un E-C doc ! Amazigh, comme on dit aujourd’hui, en tout cas enfant de la terre algérienne. La plupart des Romains d’aujourd’hui ignorent ou occultent son origine. Pour eux, c’est pas chic de considérer non européen un de leurs saints les plus respectés.
Maintenant, je vous parlerai de la majorité des gens d’ici, à part quelques exceptions.
À Rome, la majorité des habitants croient au Messie ; mais, dans les églises, les prêtres ne leur disent jamais que Jésus était palestinien, pauvre, immigré de…
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Auteur: Kaddour NAÏMI

