« Très généreux » Bruno,Je m’adresse à toi en te tutoyant, comme on le fait entre proches. Car je veux encore croire que nous ne sommes pas si éloignés.Nous venons du même pays de l’Ouest, côté sud-Loire, qui a souffert de tant de massacres de part et d’autre, il y a 230 ans.Nous avons fréquenté tous deux des écoles privées, avons baigné dans les mêmes valeurs chrétiennes, lesquelles nous recommandent – t’en souviens-tu ? – d’être aimants les uns avec les autres, y compris avec nos sœurs et frères les plus démunis, fragiles, différents.Nous appartenons tous deux à la grande communauté humaine.Et nous avons le même âge (je suis même ton aîné de quatre mois).Mais notre proximité s’arrête ici, je crois : nous avons choisi des chemins différents.
Te voilà ministre de l’Intérieur. Tu batailles ferme contre l’immigration, qui n’est « pas une chance » à tes yeux. Dans l’Express, tu déplores que nous soyons « trop généreux ». Déjà valet de Marine le Pen, tu te dis ouvertement « proche » du « combat » de mouvements néo-fascistes.
C’est quoi ton boulot, Bruno ? Tu fabriques de la délinquance que tu combats ensuite ?
Tu viens de produire pour tes préfets une circulaire qui promet sept ans d’enfer à toute personne exilée, sauf si elle prouve qu’elle travaille dans un « métier en tension ». Mais sans lui donner le droit de travailler !Comment subsister en France sans autorisation de travail, si ce n’est en basculant dans l’illégalité… que tu es censé réprimer ? Sans parler de ces fameuses listes de métiers en tension qui semblent écrites par des extra-terrestres.C’est quoi ton boulot, Bruno ? Tu fabriques de la délinquance que tu combats ensuite ? Excuse-moi de te le dire, Bruno-qui-veut-de-l’ordre, mais tout cela fait… désordre.
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Auteur: Jean-Marie Lusson

