Livre-récit, livre-évènement qui pose le geste emblématique d’un mouvement.
Lever la tête : est-ce un appel, une injonction au voir, au regard délivré des images-écrans, de celles qui nous soumettent aux servitudes quotidiennes ? est-ce une injonction à ne pas baisser les yeux, à ne pas abandonner le corps debout, à ne pas s’incliner devant les dominants et leurs discours négationnistes ?
Oui, tout cela résonne dans le titre, une résonance à multiples voix, dans la polysémie du récit.
Si Pinar Selek place avant tout son ouvrage sous la mesure de ce geste, elle nous en donne la source, le sens originaire de ce qui vient à l’écriture, ici et maintenant : lever la tête traduit deux mots de la langue interdite kurde : ser qui signifie tête et hildan qui signifie lever.
Et nous lisons le sous-titre : La recherche interdite sur la résistance kurde.
Ainsi le geste est celui de l’insurrection, des corps qui se soulèvent face aux provocations et aux violences de l’Etat turc.
Il s’agit alors d’entendre cette polysémie évoquée plus haut, de comprendre comment le récit de Pinar Selek est l’espace interactionnel où se rencontrent l’enquête socio-historique d’une chercheuse, conduite pendant trois années sur le mouvement kurde et la recherche-de-la-mémoire-de-cette-recherche, enfoncée dans le puits sous la torture des assassins.
Livre-palimpseste, au sens quasi-littéral : texte recouvert, corps et corpus effacés… Epistémicide.
Il faut entrer peu à peu, mot à mot, en anamnèse, dés-ensevelir la recherche, la déplier, la défroisser, la redonner à la pensée vivante et redonner voix aux enquêté·es.
« Ma recherche est un organisme vivant. Elle est née et elle a continué à grandir. Elle a été enlevée et non pas avortée […] Ses matériaux sont blessés mais toujours en vie […] Pour les soigner, j’écris ». (p.12)
Quel est, en 1995, le projet universitaire de Pinar Selek, jeune…
Auteur: Katy Barasc

