Pendant que l’Europe s’abîme dans la résignation austéritaire, la brutalisation des débats publics et l’alignement atlantiste sans boussole morale, un pays gouverne à contre-courant, presque en silence. L’Espagne de Pedro Sánchez fait figure d’exception. Cette singularité tient d’abord à une évidence trop souvent oubliée ailleurs : gouverner à gauche suppose de gouverner avec la gauche. Toute la gauche dans ce qu’elle a de plus divers. La coalition espagnole associe une social-démocratie assumée à une gauche radicale présente au cœur de l’exécutif – et en bonne place.
L’Espagne a fait le choix politique de la protection.
Loin des fantasmes sur « l’ingouvernabilité » des gauches qui seraient « irréconciliables », cette alliance a permis de conduire des politiques concrètes, majoritairement soutenues par la population, et socialement transformatrices. Le salaire minimum a été revalorisé à plusieurs reprises, améliorant directement le quotidien de plusieurs millions de travailleurs précaires, notamment dans les services, l’agriculture et le tourisme. La réforme du droit du travail a rompu avec la dérégulation systématique héritée de la crise financière : limitation drastique des contrats temporaires, renforcement des conventions collectives, rééquilibrage du rapport de force en faveur des salariés.
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La liste est longue : taux de croissance le plus haut de la zone euro, construction massive de logements sociaux, taxation des groupes bancaires et énergétiques pour augmenter les recettes de l’État, etc. Et alors que la Banque d’Espagne prévoyait que le taux de chômage ne passerait sous la barre des 10 % qu’après 2027, le seuil a été franchi dès le…
Auteur: Pierre Jacquemain

