C’était l’un des objectifs de l’accord international adopté lors de la COP15 sur la biodiversité, en 2022 : réduire au moins de moitié d’ici 2030 le « risque global » lié aux pesticides. Pour l’atteindre, il faudra radicalement changer de modèle agricole, alertent des scientifiques dans une étude publiée dans la revue Science le 5 février. Pour l’instant, la tendance est antagoniste à cet objectif : entre 2013 et 2019, dans le monde, l’exposition à la toxicité des pesticides a augmenté pour la plupart des espèces, d’après leurs travaux.
Ces chercheurs de l’université de Kaiserslautern-Landau, en Allemagne, ont analysé une très vaste quantité de données sur 625 pesticides. En combinant les chiffres concernant les quantités de pesticides déversées, et ceux sur le degré de toxicité de chaque substance et leur transfert dans l’environnement, ils ont obtenu un indicateur global, appelé « toxicité appliquée totale » ou TAT (Total Applied Toxicity).
Cet indicateur est important, car il permet d’évaluer les progrès des pays par rapport à l’engagement pris lors de la COP15. Diminuer de 50 % le « risque global » lié aux pesticides est, en effet, plus complexe à évaluer que si l’engagement avait été simplement de diminuer de 50 % l’utilisation de ces substances toxiques.
« C’est vraiment l’indicateur le plus pertinent. Les industriels peuvent réduire la quantité de pesticides en trouvant une molécule qui sera plus efficace, donc plus toxique. Dans ce cas, la quantité de pesticides peut diminuer mais la toxicité pour l’environnement rester similaire, voire empirer », commente Christophe Leboulanger, écotoxicologue marin au laboratoire Marbec.
Soja, coton et maïs en première ligne
Les résultats de l’étude sont très inquiétants pour la biodiversité. En calculant l’évolution de ce TAT pour huit groupes d’espèces à l’échelle mondiale, les…
Auteur: Vincent Lucchese

