Six mois à peine après le retour de Donald Trump à la présidence, l’impression générale est celle d’une rupture brutale avec l’héritage diplomatique américain d’après-guerre.
À un rythme soutenu, l’administration multiplie les annonces qui bousculent les équilibres établis : relance du projet d’achat du Groenland, y compris sans exclure
un recours militaire ; reprise publique de nombre de narratifs pro-russes par des responsables américains (sans même compter l’épisode de la rencontre Trump-Zelensky de février) ; enfin, escalade protectionniste avec l’instauration de nouveaux tarifs douaniers, souvent annoncés de manière unilatérale et soudaine et qui fluctuent selon les humeurs du locataire actuel de la Maison-Blanche.
Que nous dit cette évolution sur la capacité des États-Unis à structurer l’ordre international en tant que puissance considérée comme hégémonique dans le système international des dernières décennies ? En tant que chercheur à l’ENAP, spécialisé en théories en relations internationales, j’estime pour ma part qu’elle marque une étape significative dans l’avènement de contre-hégémonies, et donc par ricochet, un affaiblissement de la puissance américaine.
(AP Photo/Mark Schiefelbein)
Une idée de déclin pas si nouvelle
On répète beaucoup ces derniers temps que ces récents choix de l’administration Trump marquent le début de la fin de l’hégémonie américaine. Mais ce discours n’est pas nouveau.
Depuis la Guerre froide, l’idée d’un déclin des États-Unis circule régulièrement dans les milieux académiques et stratégiques. Dès les années 1980, la politologue Susan Strange contestait déjà cette vision…
Auteur: Laurent Borzillo, Chercheur invité au CCEAE de l’Université de Montréal et chercheur associé au CESICE de l’Université de Grenoble, École nationale d’administration publique (ENAP)

