L’hégémonie comme méthode

Ce texte propose ainsi de comprendre l’hégémonie non comme un concept, une théorie ou un récit historique, mais comme une méthode spécifique de travail politique. Il envisage cette perspective stratégique à partir de quatre dimensions centrales de la pensée politique de Gramsci dans les Cahiers de prison : l’objectif de construire un nouvel ordre ; la nature de la politique d’auto-émancipation, conçue comme production du progrès historique ; la méthode de direction, pensée en termes de fragilité et d’expérimentation ; et la forme organisationnelle du parti comme laboratoire pédagogique.

Considérées dans leur interaction dialectique féconde, ces quatre perspectives permettent de replacer la stratégie politique au cœur de la notion d’hégémonie et offrent une approche élaborée, particulièrement apte à entrer en dialogue avec certaines des préoccupations centrales des mouvements sociaux et politiques radicaux contemporains.

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Introduction

Depuis ses années d’apprentissage comme journaliste militant au sein du mouvement ouvrier turinois, pendant et après la Première Guerre mondiale, Antonio Gramsci (1891-1937) s’est attaché à une conception de la politique émancipatrice comme construction d’un « Ordre nouveau » [Ordine nuovo] — titre de sa plus importante expérience de jeunesse en matière d’organisation culturelle et politique révolutionnaire[1]. La stratégie politique et la transformation sociale demeurèrent au cœur des lectures élaborées lors de la première réception, dans l’après-guerre, des Cahiers de prison, publiés à titre posthume. Cela ne se limita pas à ce que l’on a fort pertinemment appelé l’« opération Gramsci » de Palmiro Togliatti (1893-1964) et du PCI, visant à construire un parti de masse dans la nouvelle République italienne : cette dimension était également présente, plus largement, dans la mémoire de Gramsci comme militant antifasciste et marxiste…

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Auteur: romain romain