L’Histoire de Souleymane / Boris Lojkine / 1 h 33.
Le quotidien des livreurs à vélo dans les rues de Paris, la plupart travailleurs immigrés, on l’imagine parfois. Mais on est toujours loin de la réalité. Boris Lojkine a voulu s’en approcher. L’Histoire de Souleymane, son quatrième long métrage, nous le fait vivre de beaucoup plus près. Le film est une fiction, mais nourrie de témoignages, dont celui de l’acteur non professionnel et totalement bluffant qui interprète Souleymane, Abou Sangare, arrivé mineur de Guinée il y a sept ans, aujourd’hui âgé de 23 ans.
Où l’on découvre d’emblée une pratique : ne pouvant avoir de compte de livreur parce que sans-papiers, Souleymane doit le louer illégalement à un tiers en possédant un. Ce qui est la source de difficultés au moindre problème d’enregistrement d’une livraison.
Toute la vie de Souleymane est une prise de risques. Ne serait-ce que de se faufiler sur son vélo au cœur de la circulation où il doit sans cesse foncer pour être rentable. La mise en scène s’inspire du documentaire : chef opérateur et ingénieur du son étaient aussi à vélo, pour rester au plus près de l’acteur. Mais la caméra ne l’enferme pas. L’extérieur est toujours très présent dans le cadre et au son.
Souleymane doit jongler avec la précarité (tous les matins il appelle le 115 pour retrouver un lit le soir), les horaires extensibles du travail et ceux du foyer, la cruauté de l’exil (notamment quand il appelle sa mère malade au pays), les dangers divers qui sont sur son parcours (la police, etc.) et les profiteurs de sa situation. Parmi ceux-là, un compatriote, que Souleymane rétribue, lui fait répéter une version arrangée de son histoire et de ses raisons de s’exiler susceptible d’être…
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Auteur: Christophe Kantcheff

