À propos de : ¡Huelga ! Luchas de la Clase Trabajadora en Colombia, 1975-1981 (Grève ! Luttes de la classe travailleuse en Colombie, 1975-1981) de Ricardo Sánchez Ángel, professeur émérite de l’Universidad Nacional de Colombie et professeur à l’Universidad Libre.
Le Pacte
Le 30 janvier 1958, l’ancien président de Colombie, Mariano Ospina Pérez, alors président du Tribunal National Électoral, annonça le résultat du plébiscite national du 1er décembre 1957 : l’accord de paix dans le cadre du Front National voyait le jour.
Une paix décidée d’en haut, exclusive et restreinte, basée sur l’impunité ; sans la vérité sur les crimes commis, sans justice et sans réparation pour les victimes. Un pardon et un oubli qui ont été le fruit de conciliabules courtois, négociés dans le secret des salons ministériels entre les détenteurs du pouvoir et les dirigeants du bipartisme libéral-conservateur, qui ont cherché non seulement à exorciser les faits et les images de la violence fratricide de plusieurs années, mais aussi à laisser derrière eux l’assassinat de Jorge Eliecer Gaitán et les événements du 9 avril 1948. Pour les stratèges de ce Front National, les bilans et l’identité des responsables de ces violences et ces événements, promus par l’État et les élites bipartisanes ne sont pas au centre de leurs préoccupations. En effet, la contre-réforme agraire réalisée dans le sang et le feu, dans une sorte d’accumulation originelle, s’achevait dans cette phase ; la deuxième phase de cette contre-réforme agraire se produira dans les années 1980 avec la montée du paramilitarisme, consolidant dans un sens réactionnaire les effets pervers de la violence comme pouvoir économique[1]… L’essentiel était de récupérer la gouvernabilité parmi les élites, en sauvant le « précieux » héritage de la République, fonctionnel dans le cadre de la nouvelle donne.
Pour les architectes de ce Pacte politique, les anciens présidents Laureano Gómez et Alberto Lleras Camargo, le pays était
« désormais réduit à la nécessité de recréer la République, en cherchant la source du pouvoir dans ses origines populaires. Il ne reste aucun organe ayant une validité morale ou juridique de la période précédente, parce que tous, sans exception, ont été utilisés dans la rupture de l’ordre constitutionnel, ou avec leurs actes ultérieurs ils ont essayé de le soutenir »[2].
Dans le contexte d’une ironie sanglante, la restauration de la République fondée par Rafael Núñez y Miguel Antonio…
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