C’est Bernard Friot, économiste à contre-courant et défenseur d’une retraite à 50 ans, qui le dit dans l’émouvant film de Gilles Perret, La Sociale, sorti en salles en 2016 : « La Sécurité sociale est révolutionnaire. » Née en 1945, elle a libéré les classes populaires de la peur, la peur de la maladie, la peur de l’accident du travail, qui les laissait le plus souvent démunies.
Les propositions du gouvernement Lecornu pour le budget 2026 de la Sécurité sociale, actuellement en débat en commission sociale, l’ont malheureusement oublié.
Le principal créateur de la « Sécu », Ambroise Croizat, est un homme qui connaissait bien l’angoisse de la tuile et du lendemain : fils d’ouvrier et ouvrier lui-même dès l’âge de 13 ans, il est devenu un de ces « députés en casquette » sous le Front populaire, avant d’être nommé ministre du Travail en 1945, à la Libération. À travers la figure de ce communiste dévoué à « la cause » — il ne conservera jamais pour lui qu’un salaire d’ouvrier spécialisé —, c’est toute une culture sociale de solidarité et de savoir-faire militant que fait revivre avec bonheur La Sociale.
Créée pour protéger chaque citoyen des risques liés à la vieillesse, à la santé, aux charges de famille et aux accidents du travail, la « Sécu » repose sur deux principes :
- « À chacun selon ses besoins, à chacun selon ses moyens », un principe propre aux sociétés de secours mutuel mises en place par les classes populaires depuis le XIXe siècle.
- Un financement assuré par des cotisations sociales (du salaire socialisé) et une gestion non par l’État (toujours susceptible de rogner sur les budgets sociaux en cas de mauvaise passe économique…), mais par des représentants de salariés et du patronat — les premiers étant à l’origine trois fois plus nombreux que les seconds…
Ce faisant, la Sécurité sociale a acté pour la première…
Auteur: Catherine Marin

