L'hiver est mort et nous regardons ailleurs

« Bonjour la caillante extrême », écrivait le 19 novembre 2021 l’édition toulousaine du magazine Le Bonbon au sujet de l’arrivée d’une masse d’air froid sur l’Hexagone. « Préparez-vous à être frigorifiés », poursuivait-elle en évoquant des températures oscillant autour de 7 °C. Comme chaque année, l’arrivée des premiers frimas en novembre a donné lieu à de nombreux superlatifs, relevait sur Twitter le prévisionniste Florentin Cayrouse. « Une vague de froid va s’abattre sur la France », alertait le site Aufeminin, tandis que La Dépêche et CNews faisaient état d’un « froid polaire » doublé d’un « vent glacial ». À la lecture de ces titres, on pourrait penser que la France s’est brièvement transformé en succursale du pôle Nord. Les conditions météorologiques évoquées étaient pourtant « loin d’être exceptionnelles » pour la période, selon Météo France. Aurions-nous donc oublié ce à quoi ressemble l’hiver ?

Selon Florentin Cayrouse, la tendance qu’ont certains médias à présenter des températures relativement normales pour l’hiver comme exceptionnelles pourrait s’expliquer par notre amnésie environnementale. En raison du réchauffement climatique, les épisodes de froid sont de moins en moins fréquents, explique-t-il à Reporterre. Résultat : « Le ressenti des gens a complètement changé. À force, on a perdu les normalités. »

Le constat est partagé par François Jobard, météorologue à Météo France. « On a perdu les repères de ce qu’est le “vrai froid”, estime-t-il. Des études ont montré que notre mémoire climato-météorologique n’allait pas plus loin que les trois à sept dernières années. Si les hivers sont de plus en plus doux, nos standards peuvent dévier par rapport à ce qu’ils étaient. »

« Toutes les stations françaises montrent une baisse du nombre moyen de jours de gel »

Depuis l’époque des premiers relevés météorologiques, la température hivernale moyenne n’a fait qu’augmenter en France, rappelle-t-il. Entre 1991 et 2020, la température hivernale « moyenne » atteignait 5,8 °C, c’est-à-dire 0,9 °C de plus qu’entre 1961 et 1990. Les manifestations les plus emblématiques de l’hiver, comme la neige et le nombre moyen de jours de gel, ont quant à elles décliné. Entre 1961 et 1990, à Besançon (Doubs), la température était inférieure ou égale à 0 °C pendant en moyenne 72 jours. Trente ans plus tard, la même station météorologique ne décomptait plus en moyenne que…

La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Hortense Chauvin Reporterre

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